Le blog bordélique de Marc Dubuisson, le dessinateur qui ne sait pas dessiner

Blog fermé. Nouveau blog : http://www.marcdubuisson.com

12 mars 2010

Les gens sont formidables

Gracieusement offert par Marc à 21:47 - Journal de bord

"Tu me fais un dessin ? Ca vaudra peut-être quelque chose un jour !"

Aaaaah, la famille, les amis, les collègues. Vous savez, tous ces gens qui vous connaissaient avant que vous ne soyez publié. Cette frange de votre entourage qui vous répond "De la BD ? Comme Geluck ?" quand vous lui parlez de votre activité artistique ou qui vous sort, à la mention d'un label indépendant, le visage déformé par le doute et la perplexitude "ah, et c'est un vrai éditeur ?".

Ces gens-là, donc, sont une mine de réflexions naïves, souvent drôles et parfois vexantes dont l'intention n'est jamais de blesser, bien au contraire, car elle partent toujours d'une bonne intention mais foncent généralement droit vers l'incident diplomatique que l'auteur, fin et délicat, prendra soin d'étouffer en pouffant intérieurement tout en gardant son sérieux.

Le grand classique, bien sûr, est la citation sus-rapportée que je répète malgré tout parce que je suis très service public :

"Tu me fais un dessin ? Ca vaudra peut-être quelque chose un jour !".

Là, tu vois, lecteur, l'auteur peut facilement se vexer et répondre "nan mais ça veut dire quoi ta remarque, là ? Genre maintenant ça vaut une bouse mais si je crève dans le succès tu pleureras ma mort en revendant mon miquet sur ebay pour t'acheter une nouvelle tondeuse à gazon ?" (oui, je pense que mes dessins vaudront facilement une tondeuse à gazon ultraperfectionnée d'ici quelques années).

Mais en fait, non, à la place, l'auteur fait un sourire modeste en croisant les doigts et rétorque un percutant "ah, qui sait". Et pan, dans les gencives, haha !

 

Autre situation : dans le cas où l'auteur maîtrise le verbe et l'humour comme un Cavanna sous stéroïdes, il pourra peut-être aussi entendre un sincère :

"C'est marrant en fait ton truc, j'ai été surpris".

A ce moment précis, lecteur, tu te doutes que l'auteur génial en question - qui tient certainement une vingtaine de blogs et un compte twitter hyper tendance - ne répondra pas un cinglant "Pourquoi ? Ca te troue autant le cul que je puisse avoir de bonnes idées et aligner 3 mots qui sont dans le dictionnaire ?"

Non. Là, l'auteur fera un sourire modeste en rétorquant un abasourdissant "ah, merci !"

 

Il est également possible que l'auteur, à la fois dessinateur et scénariste, ne pouvant exceller dans toutes les disciplines, parce que oh, hein, on est pas des machines, pèche par son trait simpliste. Dans ce cas, il est fort probable qu'il soit confronté à la réflexion suivante :

"C'est drôle (ndla : oui, l'auteur part du principe, un peu présomptueux il est vrai, que de toute façon, quoi qu'il arrive, c'est drôle), et puis, bah, les dessins, c'est toto quoi mais c'est sympa"

"C'est toto".
Bien.
Dans ces circonstances, l'auteur pourrait facilement perdre son sang froid, saisir son interlocuteur par le cou et le fracasser violemment contre le bord de la baignoire (en imaginant que la discussion se passe tout naturellement dans une salle de bain) en hurlant "TIENS ! LA TETE A TOTO ! TU LA VOIS LA TETE A TOTO LA, TU LA VOIS ?! CHAROGNE !!". Mais non, il respirera un grand coup intérieurement (je vous apprendrai un jour, c'est un vrai truc de Jedi dont il ne faut cependant point trop abuser sous peine de décès) et se contentera d'asséner un violent coup de boule à son interlocuteur pour ne pas risquer de se blesser les métacarpes.

 

A côté de ces remarques basées essentiellement sur l'oeuvre en elle-même, il y a celles plus peopelisantes.
Par exemple, à ma grande surprise, chez certaines personnes, l'auteur de BD a une image de rock star qui aurait gagné à l'euromillions (sans rien foutre évidemment).

Ainsi, il peut arriver d'entendre :

"T'as fait un bouquin ? T'es riche alors !".

Et là, si vous pensez la même chose et que vous passez donc vos journées à glisser sur des arcs-en-ciel en faisant des calinous, je vous arrête tout de suite.
A moins de s'appeler Zep ou Uderzo, un auteur de BD ne mange pas du steak tous les jours (et si Boulet vous fait croire le contraire, ne l'écoutez pas, il aime faire son intéressant).
A titre d'exemple, mon premier livre est sorti en janvier 2009 et mis à part l'avance sur droits qui m'a à peine permis de m'acheter un nouvel ordinateur (et encore, pas tout à fait), je n'ai pas vu la rondeur d'un centime depuis lors. En effet, la clôture des ventes annuelles se faisant fin décembre, il me faut encore attendre le résultat des calculs des ventes, le calcul de mon pourcentage (qui est un nombre faramineux à un chiffre, wouh) suivi enfin du passage cynique des impôts imbéciles.

En gros, si vous aviez dans l'idée de cambrioler ma luxueuse villa liégeoise, je vous conseille de changer de plan ou de venir à bicyclette histoire de ne pas dépenser le fruit de votre larcin en essence.

 

Enfin, le prestige de la renommée a toujours la cote, comme l'atteste la discussion absurde que je m'en vais vous retranscrire et qui clora par la même occasion cette note d'une émotion rarement lue sur Canalblog.
C'était il y a quelques mois, lors d'un repas de famille. J'étais assis à côté d'une demi-cousine-éloignée de 16 ans que j'avais dû voir deux fois dans ma vie.

"Demi-cousine-éloignée : En fait, t'es célèbre.

L'auteur, surpris : euh, bin, célèbre, non mais je dois être connu de quelques personnes qui s'intéressent à la BD, quoi.

Demi-cousine-éloignée, insistante : Donc, t'es célèbre !"

 

Bon. Soit. Je suis célèbre, alors.

Commentaires

    Ouais mais avoue!Avoue pour les filles ca marche un peu mieux quand meme

    Posté par Pers0nne, 29 juin 2011 à 16:55

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